Bio

Bastien Deschamps (Paris, 1990) est photographe et artiste visuel. Il vit et travaille à Montreuil.

Après plusieurs années dans le spectacle vivant, il prend la route en 2015 et se consacre entièrement à la photographie. Lauréat d'une bourse du Wall Street Journal, il étudie à l'International Center of Photography (ICP) de New York, où il obtient en 2019 le diplôme du programme Documentary Practice and Visual Journalism.

Son travail s'ancre dans la photographie documentaire, envisagée non comme un dispositif de preuve mais comme un outil d'exploration du réel. Très tôt, cette approche devient géopoétique : un langage visuel à la croisée du documentaire, de l'expérimental et du poétique, où il ne s'agit plus seulement de décrire, mais de faire ressentir. Par l'immersion, le temps long et la proximité avec les lieux et celles et ceux qui les habitent, il aborde les questions sociales au ras du sentiment brut. Il interroge les rapports de pouvoir inscrits dans les paysages, les frontières, les fleuves et les zones en marge : partout où les décisions économiques, écologiques et sociales laissent des traces, visibles et invisibles, sur les corps et les territoires.

Ce déplacement le conduit à interroger la matérialité même de l'image. Le support, le procédé, la transformation physique deviennent porteurs de sens. Certains projets articulent ainsi dimension documentaire et dimension matérielle, comme les travaux sur l'orpaillage clandestin en Guyane, où les enjeux liés à l'or et au mercure se prolongent dans les processus chimiques, l'altération des surfaces, la mise en jeu de matières instables ou toxiques.

Depuis 2020, il développe Where the Border Runs: Tales from the River Sides, un projet au long cours articulé en cinq chapitres, le long de différents fleuves-frontières du monde. Le premier, consacré à l'Evros (Turquie/Grèce), a été publié en 2024 aux Éditions d'une rive à l'autre. Il travaille actuellement au second, le long du Maroni en Guyane française.

En parallèle, ses recherches autour du Poulpe au regard de soi(e) et du collectif Swansong explorent une pensée antéfuturiste : la photographie comme terrain de confrontation entre regard humain et regard calculé, entre héritage des procédés historiques et technologies contemporaines. Face à la machine et à l'intelligence artificielle, il oppose une critique radicale des systèmes techniques qui prétendent représenter le monde, voire s'y substituer. Ces deux axes, l'un ancré dans les fractures politiques du réel, l'autre dans la critique des imaginaires technologiques, dialoguent en permanence.

Entre errance photographique, expérimentations matérielles et livres d'artiste, il façonne des formes où se rencontrent le sensible, le social et le politique.