Le Poulpe au regard de soi(e)

Le Poulpe au regard de soi(e)

Cycle antéfuturiste

Le Poulpe au regard de soi(e) hero

Note d'intention

Lecteur, plût au ciel que tu puisses supporter l'éclat glacé de ces images engendrées par une bête qui n'a ni cœur ni souffle. Celui qui s'apprête à franchir ce seuil doit savoir qu'il s'avance en terrain miné. Les visions qui se dressent ici sont nées dans l'ombre muette des processeurs, façonnées par des algorithmes insatiables.

Elles avancent en rangs serrés, comme une nuée de lucioles fantômes. Leur éclat séduit. Leur chant est muet. Mais elles ne portent ni la morsure du réel ni la brûlure de la vie. Elles imitent la beauté sans jamais avoir connu la lutte qui la fait naître.

Le Créateur nouveau n'a ni regard ni mémoire. Il absorbe, calcule, recrache. À partir d'un fragment de texte, il engendre des images innombrables, toutes différentes, toutes semblables. Des icônes sans venin, des visions sans blessure.

Alors il faut les arracher à cette prolifération froide. Les ramener du côté de la matière, du poids, de l'erreur. Les soumettre à la lumière, au sel, au papier, afin que quelque chose résiste encore.

Car sans résistance, il n'y a pas d'image. Seulement des apparitions.

Projet initié au début de l'essor de l'intelligence artificielle générative grand public, Le Poulpe au regard de soi(e) interroge la place du geste créatif face aux images produites par la machine. L'œuvre se déploie en six chants, chacun explorant différentes techniques photographiques et transformations matérielles à partir de fragments des Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. Les images générées deviennent les négatifs de cyanotypes — un procédé dont l'invention coïncide avec la naissance d'Isidore Ducasse — ensuite soumis à différents processus pour renforcer leur unicité matérielle.

Chant I Chant II Chant III