Antéfuturisme
Dans cette série

I.Le Poulpe au regard de soi(e)2023 – 2026
Lecteur, plût au ciel que tu puisses supporter l'éclat glacé de ces images, engendrées par une bête qui n'a ni cœur ni souffle. Celui qui s'apprête à franchir ce seuil doit le savoir : il s'avance en terrain miné. Les visions qui se dressent ici sont nées dans l'ombre muette des processeurs, façonnées par des algorithmes insatiables. Elles avancent en rangs serrés, nuée de lucioles fantômes. Leur éclat séduit. Leur chant est muet. Mais elles ne portent ni la morsure du réel ni la brûlure de la vie. Elles imitent la beauté sans avoir connu la lutte qui la fait naître. Le Créateur nouveau n'a ni regard ni mémoire. Il absorbe, calcule, recrache. D'un fragment de texte, il engendre des images innombrables, toutes différentes, toutes semblables. Icônes sans venin, visions sans blessure. Alors il faut les arracher à cette prolifération froide. Les ramener du côté de la matière, du poids, de l'erreur. Les soumettre à la lumière, au sel, au papier, pour que quelque chose résiste encore. Car sans résistance, il n'y a pas d'image. Seulement des apparitions. Initié aux premiers temps de l'intelligence artificielle générative grand public, Le Poulpe au regard de soi(e) interroge la place du geste créateur face aux images produites par la machine. L'œuvre se déploie en six chants, chacun explorant des techniques photographiques et des transformations matérielles à partir de fragments des Chants de Maldoror du comte de Lautréamont. Les images générées deviennent les négatifs de cyanotypes, procédé dont l'invention coïncide avec la naissance d'Isidore Ducasse, avant d'être soumises à divers processus qui renforcent leur unicité matérielle.
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II.Wipe
Cette série part d'images pornographiques circulant en ligne, rephotographiées à l'écran avec une Game Boy Camera. Le porno est ici considéré comme un flux industriel : des corps produits pour être vus, répétés, optimisés, consommés. La sexualité y existe d'abord comme image, avant toute expérience. Déjà standardisée, compressée, rendue compatible avec les machines. Conçue comme un jouet, la Game Boy Camera agit ici en outil de sabotage. Elle dégrade une image faite pour la visibilité maximale. Elle compresse une image déjà compressée. Ce qui devait exciter devient un signal pauvre, instable, presque illisible. L'image obtenue est imprimée sur un support absorbant et jetable. Le support ne prolonge pas l'image : il la termine. Elle ne produit plus de désir, seulement une trace. Ce travail ne montre rien. Il constate une saturation.
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