Géopoétique

Dans cette série
I.Where the Border Runs: Tales from the River Sides2019
Par leurs eaux, les fleuves-frontières séparent deux pays. Mais ils les lient aussi : lieux de passage, d'échange, parfois de refuge. Sur chaque rive persiste le mythe de l'autre côté. Les eaux portent les désirs, les peurs, les périls, les rêves. Là où la frontière finit par trancher dans l'épaisseur d'une zone indéfinie, des hommes et des femmes venus de cultures et d'histoires différentes se croisent, s'entremêlent, se heurtent. Un territoire où naissent des récits aux ramifications infinies. Where the Border Runs: Tales from the River Sides est un projet géopoétique au long cours, articulé en plusieurs volets. Chacun remonte un fleuve-frontière, chacun plonge dans les enjeux singuliers de ses confins.
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II.Ecdemomania2017 – Now
Ecdemomania (n.) : impulsion morbide, obsession de voyager ou d'errer. Un besoin compulsif de s'éloigner de chez soi. Sibérie, Inde, Iran, États-Unis, Tibet, Australie. Les noms importent peu. Aucun de ces lieux n'est une destination : des surfaces traversées, des points de passage, des prétextes au mouvement. Entre réalité et rêverie, les images ne décrivent pas le monde. Elles relèvent un paysage intérieur, en dressent la carte au fil de la dérive. Une manière de regarder en se tenant toujours ailleurs. De cette errance, lentement, un lexique se dépose. Fragments d'espace, visages croisés, traces laissées ou trouvées. Des dizaines de milliers d'images, réduites à quelques centaines. Une accumulation obstinée, à l'image de l'impulsion qui la produit. Rester en mouvement. Refuser de s'installer. Ne pas prendre racine. La distance devient une arme dérisoire contre Chronos, contre l'angoisse du temps qui passe. Chaque kilomètre offre l'illusion d'une victoire. Elle ne dure qu'un instant. Alors on repart.
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III.FENDU/E2023
Il faut souvent des années, des décennies, pour que remontent à la surface les souvenirs réprimés d'un inceste. La douleur est là, la fracture sensible, mais le corps se rappelle sans que l'esprit puisse se souvenir. On avance à tâtons sur le sol mouvant d'un moi fragmenté. Les poèmes d'Aurore Matsa entrent en résonance avec les photographies de Bastien Deschamps pour guider le lecteur le long de cette sente tortueuse. Textes et images composent un chemin de volonté et de désespoir, en quête d'une forme intelligible de l'insaisissable. Les photographies sont des instants saisis lors d'une longue errance sur le lac Baïkal, Grand-père Baïkal. Elles explorent les textures, les fissures, les craquelures, les oscillations souterraines d'une matière en tension. Fruit d'une rencontre aussi fortuite qu'évidente, cet objet mnésico-poétique est un pèlerinage. En remontant les traces de la souffrance, de cassure en cassure, il tente de rendre visible le mouvant.
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IV.One Night Stand2020
One Night Stand explore l'intimité sexuelle comme un territoire brut. Les corps y apparaissent sans mise en scène : fragiles, désirants, tendus. Tout commence par un écran. Applications, sites de rencontre, réseaux sociaux : les mêmes outils qui servent à chercher un corps m'ont servi à chercher des images. Je contacte des couples, installés dans la durée, et je leur propose un pacte étrange. Pour une nuit, je serai leur one night stand photographique. Je n'interviens pas. Je regarde. Les gestes n'appartiennent qu'à eux : attraction, hésitation, abandon, domination, tendresse. Les corps parlent avant les mots. La série accumule ces fragments d'intimité comme on collectionne des traces. Elle croise aussi, en filigrane, une histoire personnelle. Sur ces territoires que l'écran ouvre et referme, le désir circule autrement. Les corps se rencontrent. L'image reste.
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V.The Pigeons Are Getting Braver2019
Le pigeon est l'oiseau des villes par excellence. Sa présence sur les trottoirs est si ordinaire qu'on ne le voit plus. Mais sur quelques toits de Brooklyn, le pigeon est tout autre chose : une passion, un art, une compétition, presque une religion. Ceux qui les élèvent se font appeler fliers. Ils entretiennent des centaines d'oiseaux dans des colombiers perchés au-dessus des rues. Chaque jour, ils les nourrissent, nettoient les enclos, soignent les bêtes, et surtout les font voler. The Pigeons Are Getting Braver est un essai photographique réalisé entre janvier et mai 2019. J'ai rencontré dix de ces fliers dans leurs mondes cachés, au-dessus du bruit des rues, pour comprendre leur histoire, leur pratique et leur lien aux oiseaux. L'élevage de pigeons s'est répandu à New York au milieu des années 1950, importé à Brooklyn et dans le Bronx par des ouvriers immigrés italiens et irlandais. Depuis deux décennies, une nouvelle génération de fliers hispaniques et afro-américains fait vivre cette sous-culture, avec ses plaisirs, ses règles et ses rites. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une poignée. Les colombiers disparaissent un à un, emportés par la gentrification. Ce projet est le témoignage élégiaque d'une culture qui s'efface, suspendue entre refuge et compétition, spiritualité et obsession, évasion et solitude des hauteurs.
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